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Flashback : Gainsbourg et sa Marseillaise reggae Aux armes et cætera.

Publié le 01/09/2020 par Hugues Ranjard
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Gainsbourg et sa Marseillaise reggae Aux armes et cætera. 


Serge Gainsbourg est connu pour beaucoup de choses. Sa musique, ses mots et morceaux ont changé le paysage musical français à tout jamais. Seulement, on le sait, le tout est plus complexe. Gainsbourg aime la provoque et en a joué tout le long de sa carrière. Sa fameuse reprise de la Marseillaise version reggae est un classique. À l’époque elle divisait. Retour sur l’histoire d’un morceau polémique et révolutionnaire. 

 

 

Le contexte 

 

Nous sommes fin des années 70, Gainsbourg peine à connaître le succès en tant que chanteur. Il est surtout renommé pour le morceau Je t’aime moi non plus avec sa Sweet Jane qui fut un énorme succès. Il est également connu pour ses talents d’auteur-compositeur de morceaux interprétés par des chanteuses comme France Gall (les sucettes…), Françoise Hardy ou encore Jane Birkin évidemment. 

Des œuvres poétiques aujourd’hui cultes comme Histoire de Melody Nelson ou bien L’homme à la tête de chou sont à l’époque des échecs commerciaux. En 1978, Serge écrit Sea Sex and Sun en moins de 10 min chez lui. Ce morceau connaîtra un grand succès avec plus de 400 000 singles vendus !... Gainsbourg était le premier à être désespéré  du succès de ce morceau. Il dira qu’il a fait un truc disco pour faire du blé.


 

1979 : Départ pour Kingston, Jamaica. 


 

 

En janvier 1979, Gainsbourg se rend en Jamaïque et enregistre son premier disque reggae Aux armes et cætera en moins d’une semaine. Serge ne s’emmerde pas et s’entoure des meilleurs dans le genre. Il fait écrire la musique par de célèbres musiciens Jamaïcains comme le percussionniste Stycky Thompson mais aussi le duo Sly and Robbie, les musiciens de Peter Tosh. Pour couronner le tout, il s’entoure des choristes de Bob Marley, les I Threes, rien que ça !...  

Sur ce disque, Gainsbourg utilise la technique du “Talk Over” c’est-à-dire du “parlé chanté”. Il est un des premiers à faire cela inspirant bon nombre  de musiciens français à l’époque et encore aujourd’hui. Comme à son habitude et comme un certain Bob Dylan, Gainsbourg commence les séances d’enregistrements sans aucun texte écrits. Il écrira donc l’intégralité des morceaux une nuit avant le début de l’enregistrement… L’album est une grande réussite, des rythmes à tout va,  des textes extraordinaires et créatifs créé un ensemble absolument jamais vu en France auparavant. 

Le morceau La brigade des stups peut en témoigner… :

 

A la brigade des stups, 
Je suis tombé sur des cops, 
Ils ont cherché mon splif,
Ils ont trouvé mon paf. 

À la brigade des stups,
Y’a un ancien mateuf 
Qu’est complètement louf, 
Toujours à moitié paf. 

À la brigade des stups, 
Idée-fixe de la chnouf
J’ai la moule je flippe, 
C’est pas mon genre de trip.

 

Aux armes et cætera, succès et polémique. 

 

 

Le morceau Aux armes et cætera aura fait couler beaucoup d’encre et continue encore aujourd’hui, la preuve. À l’origine, Gainsbourg voulait adapter la Marseillaise mais il n’en connaissait pas l’ensemble des couplets. En ouvrant son grand Larousse encyclopédique, il se rend compte qu’à partir du deuxième refrain, Rouget De Lisle avait marqué Aux armes et cætera afin de gagner de la place.  En découvrant cela, Gainsbourg avait son idée, son tube qui ne repose donc pas sur une provoc’ forcée et volontaire mais s’inspirant du texte original de la Marseillaise écrite par son auteur. 

L’album Aux armes et cætera sort le 13 mars 1979. Le même jour au journal de 20 h, Gérard Holtz l'interroge sur les éventuelles accusations d'antimilitarisme que le morceau éponyme allait susciter. Gainsbourg et son sens de la provocation mythique l'amène à répondre : “C’est pas des dents que ça fera grincer, c’est des dentiers !” 

L’album connaît un grand succès et sera le premier disque d’or de la carrière de Gainsbourg. Avec le grand succès du morceau Aux armes et cætera, arrivé au rang de “tube”, bon nombre de conservateurs et militaires s’indignent. C’est le futur académicien Michel Droit qui crée la polémique. 

 

 

Il rédige une diatribe (frôlant l’antisémitisme) pour le journal Le Figaro Magazine en juin 1979 et se révolte contre ce qu’il appelle “l’odieuse chienlit (...) Une profanation pure et simple de ce que nous avons de plus sacré”. Il ajoute avec beaucoup de violence : “Quand je vois apparaître Serge Gainsbourg je me sens devenir écologiste. Comprenez par là que je me trouve aussitôt en état de défense contre une sorte de pollution ambiante qui me semble émaner spontanément de sa personne et de son œuvre, comme de certains tuyaux d’échappement…” Il rigole pas Michel Droit. 

Gainsbourg répondra avec son pouvoir de toujours, les mots et sa façon de jouer avec. La polémique va ainsi s'étendre par journaux interposés. Serge publie un article nommé “On n’a pas le con d'être aussi Droit” dans Le matin dimanche. Il dit : “Peut-être Droit, journaliste, homme de lettres, de cinq dirons-nous, (...) Croise de guerre 39-45 et croix de la Légion d’honneur dite étoile des braves, apprécierait-il que je mette à nouveau celle de David que l’on me somma d’arborer en juin 1942 noir sur jaune et ainsi, après avoir été relégué dans mon ghetto par la milice, devrais-je y retourner, poussé cette fois par un ancien néo-combattant ?” Ces attaques mutuelles ne se limiteront pas à des échanges verbaux, mais deviendront également des menaces physiques... 


 

4 janvier 1980 : Le concert de Strasbourg, menaces et coup de génie. 





Début des 80s, Gainsbourg profite de ce gain de popularité pour remonter sur scène, 18 ans après sa dernière représentation ! C’est le 4 janvier de cette même année que la polémique entourant le moreau Aux armes et cætera va atteindre son paroxysme. Les menaces jusque-là verbales et médiatiques vont se transformer en menaces physiques.  L’après midi d’un concert à Strasbourg, une alerte à la bombe vise l'hôtel dans lequel sont logés les rastas, musiciens de Gainsbourg. 

Des menaces d’agités d'extrême droite ont aussi lieu. Les Jamaïcains se réfugient alors dans un bus avant de se rendre à Bruxelles, lieu de leurs prochain concert. Pris de peur, les musiciens n’avaient pas envie de jouer car ils croyaient qu’une révolution était en train de se produire, carrément ! Gainsbourg de son côté n’avait aucune envie de les mettre en danger. Il leur a dit : “Vous avez suffisamment de problèmes chez vous, ce problème ne vous concerne pas.” La suite des évènements est mythique.

Gainsbourg se rend alors sur la scène de Wacken pour annoncer l’annulation du concert. Il dit : “Je voudrais vous dire qu’un groupe d'extrême droite a fait annuler ce concert”.
 


Plus de 200 militaires parachutistes sont présents dans les premiers rangs. Plus précisément, il s’agissait de la section Alsace de l’union nationale des anciens paras qui avaient investi la salle pour faire face à “l’usurpateur” de l’hymne national. Les micros des médias rivés sur lui, il déclare enfin : “Je suis un insoumis, qui a redonné à La Marseillaise son sens initial, et je vous demanderai de la chanter avec moi”. Le grand Serge, poing levé, entonne La Marseillaise a capella (dans sa version originale) faisant sitôt mettre les paras aux gardes à vous… Il terminera en leur adressant un bras d’honneur avant de se retirer... 

 

 

Pour terminer en beauté ce feuilleton, Gainsbourg achète l’un des deux manuscrits originaux de La Marseillaise de Rouget de Lisle à une vente aux enchères à Versailles le 14 décembre 1981. Il dépense tout de même la somme de 135 000 francs soit environ 20 600 euros… 

 


L’histoire autour du morceau Aux armes et cætera est restée culte. Entre polémique, gain de popularité et ce fameux concert de Strasbourg, Gainsbourg gagne enfin la popularité qu’il espérait depuis bon nombre d’années. Vu comme une profanation par les militaires et l'extrême droite, Gainsbourg a permis de propager l'hymne national et de lui donner une nouvelle ampleur, un symbole d’ouverture à toutes cultures. 

 

 

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écrit par

Hugues Ranjard

Rédacteur pour Janis, nouveau média 100% musique lancé par LiveTonight

Publié le mardi 1 septembre 2020, mis à jour le mardi 1 septembre 2020

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