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Caetano Veloso ou l’art de sublimer les Beatles 

Publié le 06/01/2021 par Hugues Ranjard
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Caetano Veloso ou l’art de sublimer les Beatles 

 


Il y en a pour qui cela semble inné, d’autres qui ne s’y risqueraient pas. Reprendre les Beatles est devenu un exercice que tout musicien rêverait d’accomplir avec brio. Caetano Veloso, légende vivante de la musique brésilienne, fait partie de la première catégorie. Et plus encore, au-delà de simplement reprendre les Beatles, Veloso réussit à sublimer, à donner naissance à de nouvelles interprétations de certains des morceaux les plus cultes de l'histoire. Il est probablement un des seuls à détenir cette clef. 

 




Caetano Veloso est un monstre sacré de la musique. Sur sa terre d’origine, il est vu comme l’un des plus grands. En France, sa musique resterait aujourd’hui à la limite de la niche. Pourquoi ? Pourquoi une telle carrière devrait encore rester dans l’ombre de The girl from Ipanema que l’on se bouffe à toutes les sauces depuis des décennies ?  

C’est dans les années 1960 que Caetano Veloso se fait connaître par sa participation au mouvement Tropicalia qui fusionnait pop brésilienne avec le rock 'n'roll et la musique d'avant-garde. Activiste politique contre la dictature brésilienne, il est forcé à s'exiler du Brésil (avec Gilberto Gill) à la fin des années 1960. Direction Londres pendant deux ans. Veloso y enregistre deux de ses plus grands albums, Caetano Veloso et Transa. Pendant ce temps, il a pu s’imprégner encore un peu plus de la musique des Beatles. 

 

 


C’est en 1975, avec le chef-d’œuvre Qualquier Coisa que Caetano Veloso sort ses premières covers officielles des Beatles. La couverture de l’album elle-même est un gros clin d’œil à la pochette de Let It Be. Qualquier coisa  comporte pas moins de 3 reprises des Beatles, qui se suivent, sur une face B magique. 

 
 


Veloso commence le bal par une version de plus de 5 minutes d’Eleanor Rigby. Dès le début du morceau, on peut ressentir toute sa finesse et virtuosité, tant dans son jeu de guitare millimétré que dans sa voix unique. Eleanor Rigby raisonne alors d’une manière différente, unique en son genre. 

 

 

Caeato Veloso semble avoir apprécié l’album Revolver sorti en 1966. Il l’a aimé au point d’en transcender certains morceaux. Après Eleanor Rigby, il nous offre une version du morceau For No One qu’il rallonge une nouvelle fois comparé à l’original. En 5 minutes, Caetano Veloso prend le temps d’explorer chaque recoin de cette grande composition de McCartney. 

 

 

On arrive alors à la troisième cover de suite de l’album. Veloso s’attaque cette fois-ci au morceau Lady Madonna. C’est là que l’on comprend l’ampleur que peut prendre une reprise, une vraie. Grand fan des Beatles que je suis, il existe peu de morceaux des Beatles qui m’irritent. Lady Madonna fait partie de cette minorité. C’est bien là où Caetano Veloso sort sa baguette magique. Il réinterprète un morceau très énergique et rythmée en une ballade bossa des plus subtiles. On découvre alors que Lady Madonna est une grande compo, sa reprise, meilleure que l’originale…  

 

 

Simultanément à Qualquier Coisa, Caetano sort la même année le disque Joia. Surprise, il y traine une nouvelle reprise des Beatles, et pas des moindres. Veloso donne cette fois au morceau Help ! son sens initial. Même recette que pour les covers précédentes. Une guitare, sa voix d’ange et la magie opère. John Lennon a-t-il entendu cette version ? Si oui, qu’en a-t-il pensé ? La réponse semble assez évidente en vue de l’hommage que lui a rendu Caetano Veloso. 

Dans une interview le questionnant sur ses morceaux préférés des Beatles, John Lennon avait cité Help ! comme l’un d’entre eux. Il disait qu’il l’aimait car il pensait alors chaque mot qu’il chantait. La seule chose qu’il regrettait, c’était l’enregistrement, bien trop rock et enjoué pour retranscrire avec émotion cet appel à l’aide. Seulement, pendant la première période des Beatles, au début des années 60, le commercial l’emportait. Caetano Veloso a donc ici compris toute l’aura de ce tube, qu'il retranscrit avec génie.

 


C’est finalement 45 ans plus tard, en septembre 2020 que Caetano Veloso revient avec une nouvelle reprise “officielle” des Beatles. Encore une fois, Veloso n’aborde pas n’importe quel morceau, il s’agit cette fois de Hey Jude… De toutes ses covers des Beatles, celle-là est probablement celle qui a le plus de sens pour lui. En septembre dernier sortait le documentaire Narcisse en vacances qui traite de l'année 1968, lorsque Veloso a été arrêté et emmené de São Paulo à Rio de Janeiro par les militaires de la dictature pour être mis en prison (pendant exactement 54 jours). Le musicien a raconté que, pendant son emprisonnement, l'une des choses qui lui a donné le plus de force pour continuer était le morceau Hey Jude des Beatles. Caetano Veloso arrive encore ici à la faire sienne, et du coup, notre. Frissons garantis. 

 

 

 

En seulement 5 reprises étalées sur plus de 4 décennies, Caetano Veloso a donné au monde une leçon sur comment reprendre, et surtout, comment sublimer et nous faire redécouvrir certains morceaux des Beatles qui semblent pourtant intouchables. On a compilé ces 5 morceaux dans une playlist que vous pouvez trouver à la fin de l’article. Le dernier morceau de la playlist, It's A Long Way, compo extraordinaire de Veloso est gorgée de référence aux Beatles. Au début du morceau on peut l'entendre dire : "Woke up this morning / Singing an old, old Beatles song / We're not that strong, my lord / You know we ain't that strong". Au milieu de la chanson, on l'entend ensuite chanter à tue-tête "It's a long and winding road". La playlist est à retrouver ici. 
En bonus, une reprise perdue du morceau You’re Gonna Loose That Girl…  


















 

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écrit par

Hugues Ranjard

Rédacteur en chef pour Janis, nouveau média 100% musique lancé par LiveTonight

Publié le mercredi 6 janvier 2021, mis à jour le mercredi 6 janvier 2021

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