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Chelsea Hotel #2, la nuit d’amour entre Leonard Cohen et Janis Joplin 

Publié le 19/04/2021 par Hugues Ranjard
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Chelsea Hotel #2, la nuit d’amour entre Leonard Cohen et Janis Joplin 

 


Le Chelsea Hotel est connu pour avoir été le repaire de nombreux artistes qui y ont fait escale quelques jours, mois ou même années. Le Chelsea Hotel a toujours été là pour accueillir les âmes en peine, artistes torturés ou rejetés… Il est le berceau de grand nombre d’œuvres édificatrices de la contre culture américaine. C’est ici que Jack Kerouac donna naissance à son roman Sur La Route, mythe fondateur de la Beat Generation. Dans les années 70, l'hôtel va acquérir le statut de légende en accueillant les plus grands artistes de l’époque (Andy Warhol, Le Velvet Underground, Tom Waits, Jimi Hendrix, Patti Smith, Bob Dylan, Iggy Pop, Stanley Kubrick…).

 

 


Tous ces artistes se croisent et vivent une sorte de collocation artistiques. Ils ne manqueront pas d’ailleurs pas de citer le Chelsea Hotel dans leurs œuvres. Leonard Cohen, dans un de ses plus grands succès Chelsea Hotel #2, nous raconte sa (très) brève mais intense relation avec Janis Joplin… Cette nuit d’amour ira jusqu'à influencer des artistes comme le roi de l’anti folk Jeffrey Lewis qui mentionne cette romance dans un de ses plus beaux morceaux. 

 

1968, un Leonard Cohen pas dans sa meilleure forme

 

Nous sommes au Printemps 1968 et, à cette époque, le Chelsea Hotel était plus célèbre que l’occupant de la chambre 424, Leonard Cohen. Décidant d’abandonner sa carrière de romancier poète au Canada, il décide de se lancer dans la musique. En 1967 sort son premier album qui connaîtra un succès très limité, comparé à l’omniprésent rock poète Bob Dylan. À cette époque, Léonard Cohen fait donc clairement partie de ces artistes incompris et malheureux occupants le Chelsea Hotel. 

En 1993, Cohen disait à SongTalk : "Je suis venue à New York et je vivais dans d'autres hôtels. J'avais entendu parler du Chelsea Hotel comme d'un lieu où je pourrais rencontrer des gens de mon espèce. Et je l'ai fait. C'était un endroit grandiose et fou". Pour donner une idée de ce qu’était le Chelsea Hotel à cette époque, Leonard Cohen continue en disant : "J'adore les hôtels où, à 4 heures du matin, vous pouvez amener un nain, un ours et quatre dames, les emmener dans votre chambre et personne ne s'en soucie".


INSIDE THE CHELSEA HOTEL | Kids of Dada
 


Une balade solitaire et un Cheeseburger avant une nuit d’amour… 

 

Un peu vénère en pensant à sa carrière musicale qui ne décolle pas, Leonard Cohen, en cette soirée de printemps, décide de faire une promenade nocturne dans New York. Plus tard, pendant un concert, il se souvient de cette soirée en disant : “C’était une soirée lugubre à New York, j’ai pris un cheeseburger ; ça n’a pas aidé du tout.”. Puis comme si le pauvre Leonard n’était pas déjà au fond du gouffre, il raconte : "Je suis allé à la White Horse Tavern (repère d’artistes) à la recherche de Dylan Thomas, mais Dylan Thomas était mort."

Toujours pas au top, Leonard Cohen rentre au Chelsea Hotel vers 3 h du matin. Il traverse le Hall rempli de peintures données par les locataires de l'hôtel en guise d’argent de location et arrive à l’ascenseur. Un ascenseur réputé pour son étroitesse, considéré à l’époque comme le plus lent de New York. Cohen disait d’ailleurs être un grand expert des boutons de cet ascenseur, étant une des rares technologies qu’il maitrisait. Y’a t’il un sens poétique derrière cette histoire de boutons d’ascenseur ? On se le demande, quoi qu’il en soit, il dit ensuite avoir appuyé sur le bouton sans aucune hésitation et en plus de ça, avec une grande maîtrise. Oui, il l’a dit. 


 


Tout commence dans l’ascenseur le plus lent de New York 

 

Une fois dans l’ascenseur, Leonard Cohen est rejoint par la résidente de la chambre 411, une femme aux cheveux et vêtements sauvages. Ça ne pouvait qu'être la géniale Janis Joplin. Elle était à New York pour enregistrer son deuxième album Cheap Thrills avec son groupe Big Brother and The Holding Company dans le même studio Columbia que celui utilisé par Leonard Cohen pour son premier disque. La lenteur de l’ascenseur est une bonne nouvelle pour Cohen, qui prend alors son courage à deux mains pour engager la conversation… Il lui dit : “Tu cherches quelqu’un ?” ce à quoi Janis répond “Oui, je cherche Kris Kristofferson”. Leonard Cohen lui rétorque alors : “Petite dame, vous avez de la chance, je suis Kris Kristofferson”. Une fois arrivés au quatrième étage, il était quelque part entendu que les deux allaient passer la nuit ensemble... 

C’est un concours de circonstances qui a réuni les deux artistes dans le même lit pour cette courte romance. À l’époque, Leonard Cohen disait : "Elle ne me cherchait pas, elle cherchait Kris Kristofferson ; je ne la cherchais pas, je cherchais Brigitte Bardot. Mais nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre par un processus d'élimination". Finalement, la relation n’aura bien duré qu’une nuit. Les deux se reverront ensuite seulement une fois, Janis lui dira : “Hé mec, t'es en ville pour lire de la poésie aux vieilles dames ?" Ouch.


 


Janis Joplin parlera de cette courte histoire (qui n’était pas la seule dans le genre) dans une interview en 1969 :  "Je vis assez librement. Vous savez, je m'amuse avec des étrangers et tout ça.” “Comme un claquement de doigts, c'est arrivé. Deux fois. Jim Morrison et Leonard Cohen. Et c'est étrange, parce que ce sont les deux seuls que je peux considérer comme des personnalités importantes, que j'ai essayé de... sans vraiment les aimer au départ, juste parce que je savais qui ils étaient et que je voulais les connaître. Et puis ils ne m'ont rien donné tous les deux. Mais je ne sais pas ce que cela signifie. Peut-être que ça veut juste dire qu'ils étaient dans une mauvaise passe”. 

 

Janis Joplin, inspiratrice du chef d’oeuvre Chelsea Hotel #2

 

C’est après le décès tragique de Janis Joplin en 1970 que Leonard Cohen va repenser à cette nuit de 1968. Il a été particulièrement choqué de sa mort et a commencé à poser sur papier le génie de ses mots en 1971. Il débute l’écriture du morceau sur une serviette de cocktail dans un bar de Miami avant de la continuer dans un vol transatlantique vers l’Irlande. Le texte parle de Janis comme une femme puissante, libre, pleine de désir et de vulnérabilité. Leonard Cohen fait aussi part de sa propre vulnérabilité, de son physique pas forcément attrayant.
 


Janis était connue pour avoir été beaucoup moquée de son physique, Cohen fait part de ce complexe en citant ce qu’elle lui aurait dit pendant cette nuit (mettant d'ailleurs Leonard Cohen dans le même sac... ). Le morceau sort sur le magnifique album New Skin For The Old Ceremony en 1974. C’est seulement durant un concert à Montreux en 1976 que Leonard Cohen révèlera l’identité de la muse de cette chanson. 

Cependant, au fil des années, l'artiste canadien a éprouvé des remords du fait d’avoir associé Janis Joplin à la ligne “Giving me head on the unmade bed, while the limousine wait in the streets”. En 1994, il déclare à la BBC : "Il y a eu la seule indiscrétion, dans ma vie professionnelle, que je regrette profondément". Concernant cette fameuse phrase il continue en disant : "C'est une indiscrétion dont je suis désolé, et s'il y a un moyen de s'excuser auprès du fantôme, je veux m'excuser maintenant, pour avoir commis cette indiscrétion". Même si Janis était moins douce dans la description de cette nuit, on peut être sur qu’elle lui pardonne. Et puis finalement, lui pardonner d’avoir écrit un des plus beaux morceaux de son répertoire ?  Au moins, les deux sont désormais réunis, quelque part. 

 


 

I remember you well in the Chelsea Hotel
You were talkin' so brave and so sweet
Givin' me head on the unmade bed
While the limousines wait in the street

 

Those were the reason an' that was New York
We were runnin' for the money and the flesh
An' that was called love for the workers in song
Probably still is for those of them left

 

Ah, but you got away, didn't you babe
You just turned your back on the crowd
You got away, I never once heard you say
I need you, I don't need you
I need you, I don't need you
And all of that jiving around

 

I remember you well in Chelsea Hotel
You were famous, your heart was a legend
You told me again you preferred handsome men
But for me you would make an exception

 

An' clenching your fist for the ones like us
Who are oppressed by the figures of beauty
You fixed yourself, you said, "Well, never mind
We are ugly but we have the music"

 

And then you got away, didn't you baby
You just turned your back on the crowd
You got away, I never once heard you say
I need you, I don't need you
I need you, I don't need you
And all of that jiving around
I don't mean to suggest that I loved you the best
I can't keep track of each fallen robin
I remember you well in Chelsea Hotel
That's all, I don't even think of you that often















 

 

 



 
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écrit par

Hugues Ranjard

Rédacteur en chef pour Janis, nouveau média 100% musique lancé par LiveTonight

Publié le lundi 19 avril 2021, mis à jour le mardi 20 avril 2021

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