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19 juin 2020 : Bob Dylan et Neil Young au sommet de l’actu

Publié le 19/06/2020 par Hugues Ranjard
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19 juin 2020 :  Bob Dylan et Neil Young au sommet de l’actu
 

L’honneur est aujourd’hui aux septuagénaires. Ce 19 juin a une fière allure et donne aux jeunes générations une brève idée de ce à quoi pouvait ressembler les années 70. Pourtant nous sommes bien en 2020, Bob Dylan et Neil Young nous offrent tous les deux un nouvel album. Dylan signe un retour à ce pourquoi on l’a toujours aimé, ses compositions, ses mots. Son nouvel album, Rough And Rowdy Ways est son premier album original depuis 8 ans. De son côté, Neil Young nous offre enfin la clef de son coffre-fort qui contenait le bijou Homegrown, enregistré il y a 45 ans. Neil Young jugeait à l’époque ce disque trop intime. Il sort enfin de l’ombre aujourd’hui. 

 

 


Bob Dylan revient avec ses mots sur Rough and Rowdy Ways. 

 

 

Pendant le confinement, Dylan avait sorti en surprise totale un morceau long de 17 min, Murder Most Foul dans lequel il évoquait la mort de Kennedy. Tout cela était alors un bon pressentiment en vue d’un nouvel album original. Vœux exaucé. Le 39ᵉ album de Dylan est, il faut le dire, une bonne surprise. On le sait bien, sa voix n’était pas faite pour durer. Pour l’avoir vu en concert récemment, force est de constater que Dylan ne peux plus interpréter ses grands classiques à la manière dont il le faisait avant. Certains ont plus de chance que d’autres. Sur ce disque, il semble que Dylan ait appréhendé cette nouvelle voix et trouvé une manière de l’utiliser. Les morceaux de ce nouvel album laissent toute la place à Dylan pour poser ses mots, plus espacés que par le passé. 

 

 

Dans ces morceaux, Il se compare à Anne Frank, Indiana Jones. Il fait référence aux Stones, à Allen Ginsberg. Il dit qu'il est peintre. Il dit qu'il est poète. Il avoue se sentir agité, tendre et impitoyable. I contain a-multituuudes, dit-il à qui ne l'a pas encore compris.

Récemment interviewé par le New York Times, Dylan dit que : "chaque ligne a un but particulier ". Comme il l’a souvent mentionné, ses chansons n’ont pas à être disséquées comme un texte étudié durant le baccalauréat pour en extraire tout le sens. Durant la même interview, il avait alors brillamment dit : "La chanson est comme un tableau, on ne peut pas la voir en entier si l’on se tient trop près". 


 


Pour reprendre ses mots, les morceaux de ce nouvel album ont été écrits à “l'instinct” et dans un état de “transe”. Dylan déclare aussi que "Les paroles sont réelles, tangibles, ce ne sont pas des métaphores". Ces chansons nous donnent la vision d’un génie qui a traversé les décennies en posant sa plume sur les différentes époques qui passaient devant ses yeux. Cela fait maintenant 60 ans que Bob Dylan nous parle et on ne veut pas que ça s'arrête. 
 

 

Ce qui touche sur Rough and Rowdy Ways, ce sont les morceaux dans lesquels Dylan a juste à poser ses mots. L’album alterne entre blues et folk. Il n’y a pas photo, ce n’est pas pour rien que Dylan en est là, c’est bien grâce à la folk et non au blues. Par chance, une bonne majorité des morceaux dépeint des ambiances lointaines, lentes et contemplatives. Dans des morceaux comme I’ve Made Up My Mind to Give Myself to You (probablement le meilleur de l’album), My Own Version of You, Key West (Philosopher Pirate) ou encore Black Rider où Dylan dit : "La taille de ta bite ne te mènera nulle part", dit-t-il à son ennemi juré, qui pourrait être la mort elle-même. Le texte entier de Black Rider, dans lequel Dylan semble s’adresser à une mort à l'approche, mérite d'être lu. 

 

 

Black rider, black rider, you've been living too hard
Been up all night, have to stay on your guard
The path that you're walking, too narrow to walk
Every step of the way, another stumbling block
The road that you're on, same road that you know
Just not the same as it was a minute ago

 

Black rider, black rider, you've seen it all
You've seen the great world and you've seen the small
You fell into the fire and you're eating the flame
Better seal up your lips if you wanna stay in the game
Be reasonable, mister, be honest, be fair
Let all of your earthly thoughts be a prayer

 

Black rider, black rider, all dressed in black
I'm walking away, you try to make me look back
My heart is at rest, I'd like to keep it that way
I don't wanna fight, at least not today
Go home to your wife, stop visiting mine
One of these days I'll forget to be kind

 

Black rider, black rider, tell me when, tell me how
If there ever was a time, then let it be now
Let me go through, open the door
My soul is distressed, my mind is at war
Don't hug me, don't flatter me, don't turn on the charm
I'll take a sword and hack off your arm

 

Black rider, black rider, hold it right there
The size of your cock will get you nowhere
I'll suffer in silence, I'll not make a sound
Maybe I'll take the high moral ground
Some enchanted evening I'll sing you a song
Black rider, black rider, you've been on the job too long

 

60 ans plus tard, Bob Dylan nous offre donc un album d’une sincérité extrême. L’album d’un homme de 79 ans qui craint de ne plus avoir son mot à dire, de ce black rider qui se rapproche petit à petit. 




 

Retour dans les années 70 de Neil Young avec le chef-d'œuvre Homegrown

 


 

Dans un autre registre, l'hyper productif Neil Young nous gâte encore année après année. La preuve avec son disque Colorado sorti en 2019 accompagné de son groupe de toujours, les Crazy Horse. Mais aujourd’hui, le tout est bien différent. Nous sommes des privilégiés. Homegrown, ce fameux album caché enregistré entre 1974 et 1975 est enfin de sortie. À l’époque, Neil Young jugeait ce disque trop intime. Il traite de sa séparation avec sa compagne de l’époque, Carrie Snodgress avec qui il a eu son premier enfant. Les textes de l’album dépeignent avec précision les sentiments de Neil Young sur ce phénomène universel qu’est l’amour. 

 


Au moment de l’annonce de la sortie de cet album, Neil Young avait dit sur son site officiel : "Je m'excuse. Cet album Homegrown aurait dû être là pour vous quelques années après Harvest. C'est le côté triste d'une histoire d'amour. Les dégâts causés. Le chagrin d'amour. Je ne pouvais pas l'écouter. Je voulais passer à autre chose. Alors je l'ai gardé pour moi, caché dans le coffre-fort, sur l'étagère, au fond de mon esprit.... Mais j'aurais dû le partager, il est très beau. C'est pourquoi je l'ai fait en premier lieu.”

 

 

La plus grande réjouissance pour les fans de Neil Young est cella-là : Neil avait dit en personne que Homegrown est "le chaînon manquant entre Harvest, Comes a Time, Old Ways et Harvest Moon." Rien que ça. En vrai puriste qu’il est, Neil Young a décidé de restaurer ses bandes analogiques plutôt que de les numériser. Ça s’entend. C’est ça qu’on aime. 

 

 

L’album est parsemé des différents éléments qui font de Neil Young un des très grands, c'est-à-dire ce mélange entre subtilité, sincérité, instinct et urgence du rockeur qu’il est. Certains morceaux de ce disque sont d’une évidence insolente, comme si on les avait déjà entendus, chantonnés des centaines de fois (Separate Ways, Try, Mexico, tout l’album finalement, faire une sélection est impossible). Ces morceaux prennent déjà une grande place dans la discographie de Neil Young. Au moment d’écrire ces mots, Homegrown tourne en boucle. Dès qu’il se termine, on a tout de suite envie de le remettre. Les textes de Neil Young méritent également d'être lus, Love Is a Rose montre bien l'état d’esprit dans lequel il était au moment d’écrire cet album. 

 





Pour la faire simple, Neil Young nous rappelle ce qui faisait la grandeur des albums qui continuent de marquer nos esprits en 2020. Homegrown rajoute une pierre à l’édifice de sa discographie, et pas des moindres, en considérant que ses années 70 marquaient alors l’apogée de son talent. Merci Neil. Et merci Bob. 

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écrit par

Hugues Ranjard

Rédacteur pour Janis, nouveau média 100% musique lancé par LiveTonight

Publié le vendredi 19 juin 2020, mis à jour le vendredi 19 juin 2020

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